Laurent Vidal : « L’Europe ne fera pas baisser les prix de l’énergie durable tout de suite »

L’Union européenne a publié mercredi 18 novembre un rapport sur l’Union de l’énergie, lancée en février 2015. Le programme accorde une place importante aux énergies renouvelables. Mais pour Laurent Vidal, professeur en Droit de l’énergie à Paris I, le coût de ces ressources reste encore important pour les consommateurs.
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Publié le 30 Novembre 2015
Auteur
Sarah Vildeuil
Sarah Vildeuil Promotion 70
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Cet article a été réalisé dans le cadre de la deuxième session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), sous la direction de Cédric Rouquette. Photographie : Tristan Taussac

L’Union de l’énergie est un des projets phares de la Commission européenne. Améliorer l’autosuffisance énergétique, réduire la facture énergétique et les émissions de gaz à effet de serre … les objectifs du programme lancé en février 2015 sont multiples. Une large place est aussi accordée au développement des énergies renouvelables. Mais pour Laurent Vidal, professeur en droit de l’énergie, la baisse des prix de l’énergie verte n’est pas encore à l’ordre du jour pour les consommateurs.

 

Un des objectifs fondamentaux de l’Union européenne (UE) est le recours aux énergies renouvelables. Leur prix est-il aujourd’hui abordable pour les consommateurs européens ?
Non, les énergies renouvelables ne sont pas encore abordables. Pour le moment, l’énergie la moins coûteuse et la plus propre -sauf incident majeur- reste le nucléaire. L’UE veut utiliser les énergies renouvelables pour diminuer les émissions de CO2 de 80 % à 95 % d’ici à 2050. C’est une volonté salutaire, mais cela suppose d’importants investissements.

Les Européens devront-ils fournir un effort financier pour aider à la mise en place de cette Union de l’énergie ?
Il est clair que oui. Les tarifs de l’énergie n’ont pas cessé de croître. Ils pourraient même augmenter davantage avec l’essor du renouvelable. Le renouvelable a un coût. Ne serait-ce qu’allumer une éolienne a un impact financier. Produire de l’énergie à l’aide de la marée est également compliqué à mettre en place.

N’y a-t-il pas des aides pour les particuliers et les entreprises ?
Pour permettre des économies d’énergie, la France a mis en place, en 2005, les certificats économies d’énergie. Il s’agit d’aides financières à destination des  propriétaires ou des entreprises qui réalisent des travaux de rénovation. Il y a aujourd’hui un panel d’instruments financiers en faveur des économies d’énergie.

L’Union européenne veut ouvrir aux consommateurs un plus grand choix de fournisseurs d’énergie. Cela est-il vraiment possible ?
Dans cette optique, la France a en 2010 revu l’organisation de son marché électrique. La Commission européenne tenait à atténuer la situation de monopole d’EDF en France. Cette prédominance garantissait des tarifs bas. EDF a dû s’ouvrir à la concurrence. Des solutions alternatives existent aujourd’hui. Mais n’importe quel fournisseur ne peut pas se permettre de se lancer sur le marché électrique, car les infrastructures électriques coûtent chers.

Sur le long terme, n’est-il pas préférable d’investir dans le durable malgré son coût?
Bien sûr. L’énergie verte est encore très cher aujourd’hui. Mais la préservation de l’environnement sur le long terme est aussi à prendre en compte. Nous devons savoir si nous sommes prêts à dépenser beaucoup aujourd’hui pour pouvoir à terme faire diminuer la facture climatique.

L’Union de l’énergie va-t-elle réellement changer quelque chose pour les consommateurs ?
En théorie, elle garantit aux citoyens européens plus de transparence sur les prix et un plus grand choix de fournisseurs d’énergie potentiels. Mais il faudra encore beaucoup travailler pour permettre des tarifs plus attractifs.

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