Violences faites aux femmes : identifier les victimes, ne plus les lâcher

La principale difficulté que rencontrent les structures d'aide aux victimes de violences conjugales est de maintenir les femmes dans leurs démarches, quand la décision de porter plainte est difficile à prendre.
A propos de ce projet
Publié le 26 Novembre 2015
Mots clés : violences femmes
Auteur
Marine Lesprit
Marine Lesprit Promotion 70
Making Of
Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la deuxième session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), sous la direction de Pierre Ballester. Photographie : Juan Pablo Lugo

À la première mandale, ou la deuxième, ou les suivantes, elle se décide. Elle contacte une association, la mairie, un médecin. Deux jours plus tard, il s'est calmé, demande pardon, offre des fleurs. Elle accepte de passer l'éponge. Trois mois encore, puis ça recommence. C'est ce scénario, maintes fois répété, contre lequel le Réseau de lutte contre les violences faites aux femmes du 18ème arrondissement de Paris essaye de lutter. Nadine Mézence, adjointe au maire, ne le connaît que trop bien. Deux conjoints violents, quatre ans de coups cumulés, et pourtant, le départ a été long à venir. « Je n'ai jamais été autant fleurie par mon compagnon qu'après une rouste », se souvient-elle. Le « déclic » est finalement venu, « tout simplement quand je me suis retrouvée avec un tesson de bouteille contre la gorge ».

« Ne pas aller plus vite que la musique »

Éviter que les femmes victimes de violences abandonnent leurs démarches, une tâche ardue qui nécessite une coopération poussée entre médecins, police, services sociaux, psychologues, associations et structures d'hébergement. Le réseau du 18e met en relation une soixantaine d'organismes susceptibles d'accompagner les victimes à différentes étapes de leur parcours. « Ce sont des femmes éprouvées, explique Léa Zdravkovic, chargée de chapeauter ces collaborations. On ne peut pas les balader de structure en structure, leur faire raconter à chaque fois leur histoire, pour la cinquième ou sixième fois. » Clef de voûte de l'opération : le dialogue entre les différents intervenants. Nicole Loustan, conseillère conjugale et familiale au sein d'une association, intervient en amont dans la détection de la violence : « si on évalue qu'il y a domination, emprise d'un des conjoints, on passe la main à un professionnel. » Depuis qu'elle fait partie du réseau, l'accompagnement des victimes est devenu une priorité. « Avant, j'avais tendance à orienter vers telle ou telle structure sans donner de rendez-vous fixé, se remémore-t-elle. À présent, on se demande toujours si quelqu'un peut accompagner aux différentes audiences. On ne se refile pas la patate chaude. »

L'étape cruciale, c'est le départ. La décision peut-être longue à mûrir. « Ça prend des mois, parfois des années, constate Nicole Loustan. On ne peut pas aller plus vite que la musique. » Une fois la victime résolue, l'accompagnement est essentiel. « La vraie mise en danger des femmes, c'est quand elles se décident, soit à porter plainte, soit à partir. » Il faut alors préparer en amont, tout en cachant la situation au conjoint : rassembler les papiers d'identité, ouvrir un compte bancaire, trouver un hébergement. À Paris, où les femmes victimes de violence sont pourtant prioritaires, les logements manquent souvent. « Parfois, on ne trouve pas de solution, déplore Nicole Loustan. Elles viennent, puis rentrent chez elles. » Où les attend leur conjoint.

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