Ça se complique pour Imad

Au tribunal de grande instance de Paris, la comparution immédiate est un défilé de désespérance. Imad Adipov* était jugé pour détention et usage de stupéfiants…
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Publié le 19 Novembre 2015
Mots clés : tribunal prison
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Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la deuxième session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), sous la direction de Pierre Ballester.

« C’est compliqué. » Les deux mots font la paire, inlassablement. À chaque question de la présidente du tribunal, c’est la même réponse, évidente, mais tellement insuffisante. Pour Imad Adipov*, la vie a toujours été « compliquée ». Dès la naissance, en fait, puisqu’il voit le jour à Grozny, en Tchétchénie, en pleine guerre civile. Au tournant de l’an 2000, le petit Imad voit son père mourir, au milieu d’autres horreurs. Il quitte le Caucase en tant que réfugié politique, et rejoint la France.

Commence alors une litanie de délits : dès 2009, Imad est mis sous protection judiciaire par le tribunal des enfants pour vol aggravé. Les « bêtises » s’enchaînent. Destruction de bien appartenant à autrui, outrage à un agent public, port d’arme, vol avec stupéfiants… En 2010, Imad frappe sa sœur de quinze ans au McDonald’s, au motif qu’elle a « mal parlé à sa mère ». Il est condamné pour violence sur mineur. Provocations, agressions et rébellion le mènent finalement à six mois de prison ferme en 2012. Il totalise quatorze condamnations, et trois sursis avec mise à l’épreuve.

Hier, Imad était de nouveau à la barre. En bordure du périphérique, deux policiers l’ont interpellé. Dans son sac : 598 grammes de résine de cannabis. Il choisit la fuite, enjambe des clôtures mais se fait rattraper. Essaie de frapper un policier. Interrogé par la magistrate, sévère et glaciale, Imad dit « regretter ». Son geste. Et son passé. Il se perd en explications contradictoires. Confesse être « toxicomane depuis l’âge de 15 ans ». La juge n’est pas dupe. Pourquoi y avait-il une balance dans son sac ? Imad semble découvrir que ce cannabis, il voulait le vendre…

Amnésie, ulcère et cannabis

Normal : il a « des soucis, c’est compliqué ». Des amendes à payer. Comme les deux paquets de cigarettes qu’il fume chaque jour. La vie de Imad Adipov paraît irrésoluble. Au commissariat, il a balayé les questions sur son casier judiciaire : « Je ne sais plus. Je commence à perdre la mémoire. Je manque de nicotine. » Mais comment oublier le bracelet électronique qu’il porte à la cheville ? Depuis juillet 2015, Imad est surveillé, pour éviter la prison.

Peu de chances qu’il y échappe cette fois-ci. Il devait d’ailleurs déjà être jugé pour un vol ce mercredi… avant d’être attrapé près de Saint-Ouen avec de la résine dans ses bagages. « Le bracelet électronique, ça aide à apprendre de ses erreurs », balbutie-t-il. La présidente n’a pas l’air de cet avis. Exige de Imad des perspectives d’avenir. Lui voulait « devenir cuisinier ». Pourquoi cela n’a pas été possible ? « Trop compliqué », encore.

Imad Adipov a bien besoin d’un avocat. Qui plaidera les circonstances atténuantes : l’enfance en Tchétchénie, des problèmes de santé – un ulcère l’a forcé à démissionner de ses petits boulots – la sévérité de la justice (7000€ pour avoir giflé sa sœur, la justice a eu la main lourde). « Il ne faut pas accabler davantage un jeune qui veut changer », défend le commis d’office. La vente de cannabis n’était qu’une « solution ponctuelle » à des problèmes bien plus graves. Le procureur, lui, réclame un an de prison ferme. La présidente questionne : « Vous avez un avenir ici ? Ou vous souhaitez revenir en Russie ? » Imad passera dix mois en prison.

*Les noms et prénoms des personnes citées ont été modifiés.

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