Attentats de Paris : Les rues en deuil affichent leur solidarité

Impacts de balle sur les vitrines, messages d’espoir ou de colère sur les murs, bouquets de roses sur les grilles, bougies parfumées sur des feux tricolores : les rues du 10e et 11e arrondissements sont devenues des mausolées.
A propos de ce projet
Publié le 20 Novembre 2015
Auteur
Stanislas Deve
Stanislas Deve Promotion 70
Making Of
Cet article a été réalisé dans le cadre de la deuxième session de Techniques de base rédactionnelles (TBR) sous la direction de Safia Allag.

Au croisement des rues Bichat et Alibert, en face du restaurant Le Petit Cambodge, dans le Xème arrondissement de Paris, les impacts de balle côtoient les messages de soutien. Ici, douze personnes ont été abattues le 13 novembre. « Il ne faut pas se laisser démonter. Oui j’ai peur, et alors ? Depuis quand la peur doit-elle dicter notre conduite ? Aujourd’hui, on est là, tout le monde est là », clame Hadrien, jeune homme de 31 ans, en désignant le rassemblement devant le restaurant asiatique. Hadrien comment ? « Juste Hadrien ». Juste Hadrien vient d’écrire « J’être humain » sur une grande feuille blanche collée au mur, où chacun peut librement coucher sa plume. Il est ravi que la population s’empare ainsi de la rue et du mobilier urbain. Pour lui, quand les murs se recouvrent de témoignages d’amour, le message lancé par les citoyens est clair, « La rue est à nous, Paris est à nous », se réjouit-il.

Street art solidaire

Marie-France Duchat, retraitée de 72 ans, fait le tour des Xème et XIème arrondissements de la capitale. Haute comme peu de pommes, elle dépose une rose et un message sur chaque lieu de massacre. « L’examen du passé forge les lendemains », assure à voix basse la septuagénaire aux cheveux blancs et courts. « Écrire sur les murs, déposer une fleur, coller une affiche, c’est un seul et unique mouvement de résistance. C’est contribuer à se souvenir. Il commence par une gerbe, le devoir de mémoire. » Ce petit bout de femme peine à marcher mais n’en démord pas pour autant : « Je vais y passer la journée. Je marche lentement mais je réagis vite. A mon humble échelle, je veux montrer que les terroristes ne me font pas peur, ni aujourd’hui ni demain ».

Sur le sol de la place de la République, chacun sa craie, chacun son message : des individus s’improvisent écrivain, dessinateur ou simplement citoyen avec un message à faire passer. « C’est par l’art, par l’amour qu’on vaincra le terrorisme, la haine de l’autre. Je suis peut-être naïf mais aujourd’hui, dans les rues, les gens voient les impacts de balle, d’accord, mais ils remarquent aussi les messages, les fleurs, la solidarité. Pour moi, c’est déjà une petite victoire », plaide Karim Babrahim, 26 ans, il vient de griffonner un poème en prose sur le gris du béton. Cet étudiant en informatique, graphiste pour « le kif », est descendu dans la rue dimanche matin, persuadé qu’il avait « mieux à faire qu’à rester chez [lui] en flippant devant les chaînes d’info en continu ». Ce lundi, il passe son temps à République et ses alentours pour déposer des messages d’espoir. Dans cette vague créatrice, il conclut son propos par un fédérateur « Fuck terrorism, c’est tout ».

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