Quatre jours après les attentats, le 10e entre deux eaux

Touché par plusieurs fusillades vendredi 13 novembre, cet arrondissement parisien est le lieu du recueillement. Mais dans les rues, la vie reprend son cours.
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Making Of
Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la deuxième session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), sous la direction de Cédric Rouquette.


Le 10e arrondissement a deux visages depuis vendredi 13 novembre, et les attentats qui l’ont frappé. Le va-et-vient des voitures a repris sur tous les boulevards. Les vélos croisent les trottinettes, les piétons se pressent, sachets de courses en main. Sur les bords du canal Saint-Martin, les pécheurs sont à leur poste, assis sur les parapets, lignes tendues dans l’eau.


Parfois, au détour d’un croisement, les voitures ralentissent, stoppées par la vision des bars et terrasses, lieux du malheur et de recueillement. Devant Le Petit Cambodge, un jeune homme est prostré sur sa valise. Il allume les cigarettes les unes après les autres, mais n’en fume pas une. Elles se consument seules. Les yeux dans le vague, regard brouillé par les larmes, il est indifférent à ce qui l’entoure. Le spectacle tragique du recueillement. En s’approchant, les passants baissent d’un ton. Leurs visages se ferment. Certains rallument les dizaines de bougies posées sur le trottoir, entre les cadavres de bouteilles, vidées comme une ode à la fête.


Rue de la Fontaine-au-Roi, où cinq personnes ont été tuées et une dizaine blessées, les gens se recueillent. Certaines tables de « La belle bière » sont restées telles qu’elles étaient au moment de la fusillade. On distingue à travers les vitres brisées, les demis de bières à moitié vides. Un homme d’une cinquantaine d’années croisé devant le restaurant : « On essaie de se relever. Je tenais à venir me recueillir. On a des amis qui sont partis ». Il part en larmes, sans même donner son prénom. Lui, pas plus que les autres ne sait répondre à un simple « comment allez-vous ? ».


Quand le silence du respect se mêle aux klaxons


Les conversations des passants sont routinières. Sur un muret, une vingtenaire interroge son amie : « Tu as vu Mathilde, il paraît qu’elle a rompu ». En sortant d’une voiture, deux hommes en costume discutent : « on devrait pouvoir signer ce contrat la semaine prochaine ».


Sur la place de la République où depuis dimanche se rassemblent touristes, télés du monde et locaux venus rendre hommage aux victimes, le silence du respect se mêle aux klaxons des voitures, bloqués par les camions de livraison. Un trentenaire s’arrête avec son fils : « Je passe ici tous les jours pour aller au travail. Le temps d’un instant, je m’y recueille. Je ne connais personne qui a été touché. En un sens, la vie continue ». Cet homme est comme les autres, fataliste.

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