Clément Bénech : tardif écrivain précoce

A 24 ans, Clément Bénech a publié deux romans chez Flammarion. Il s’est pourtant passionné tardivement pour la littérature et l’écriture, à 18 ans.
A propos de ce projet
Auteur
Making Of
Ce projet a été réalisé par Sébastien Bossi Croci, étudiant de la 70ème promotion, dans le cadre d'une session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), sous la direction de Cédric Rouquette, sur l'exercice du portrait. La photo d'illustration a été prise par Arthur Dreyfus.

Un jour de 2011,  Eric Chevillard, romancier lauréat de plusieurs prix littéraires, reçoit au courrier le manuscrit d’une nouvelle. Contrairement à ses habitudes, il répond à l’auteur, un néo-passionné de littérature : « J’attends votre premier roman, car je ne doute pas que vous publierez un jour ».


Quand cette lettre parvient aux mains de Clément Bénech, 20 ans, ce dernier vit « l’une de [ses] plus grandes émotions d’écrivain. » Cela ne fait que deux ans qu’il a pris la plume. Aujourd’hui, il est l’auteur de deux romans publiés chez Flammarion.


« Clément Bénech m’a envoyé une nouvelle par voie postale. Il avait oublié d’indiquer comment lui répondre, sourit Jean-Marc Gendarme, le directeur de la revue littéraire Décapage. Pendant six mois, je n’ai pas pu le recontacter, et c’est finalement sur Facebook que je lui ai annoncé vouloir l’éditer ».


Je mets la musique très fort, et j’enchaîne les lignes, détaille-t-il. C’est jouissif de voir les pages se remplir ».


Petit, Clément Bénech, né en 1991, se passionne pour les J’aime lire, des livres pour enfants que lui rapporte sa tante, représentante commerciale de l’éditeur. Il griffonne sur ses cahiers des bandes dessinées. Il se souvient qu’il « y était beaucoup question de basket, dont je suis un grand fan ». A l’école, il n’écoute pas vraiment. « Avec le recul, je réalise que j’étais tout le temps dans mes pensées ». Le jour du bac de français, il récolte un 9,5/20. « De toute manière, je ne comprenais pas ce que l’on attendait de moi ».


Ensuite ? Longtemps, Clément Bénech se cherche. Il essaie successivement une prépa HEC, puis Sciences Po, une licence de lettres, qu’il conclut par un master en Erasmus, à Berlin - une expérience qui a inspiré Lève-toi et charme, son deuxième roman. En 2014, il intègre l’IJBA, l’école de journalisme de Bordeaux : « J’ai arrêté très vite. Le réel, ce n’est pas mon truc. J’aime trop les personnages et les sentiments. En vérité, je suis très exclusif dans mes passions : la littérature, le basket et la psychanalyse. » Il s'inscrit alors en Master 2 d’édition, avec l'ambition de travailler dans l'édition jeunesse et de créer des liens entre la photographie et l’écrit.


La passion de Bénech pour la littérature est née après bac. Son frère Arnaud en sourit encore : « En prépa, son professeur de mathématiques lui a dit qu’il ne pourrait jamais lire de roman. Clément a décidé d’arrêter la prépa ». L’intéressé reprend : « Une fois la prépa arrêtée, j’ai commencé à beaucoup écrire. » Âgé d’à peine 18 ans, il boucle deux manuscrits de roman et rédige quelques nouvelles. Il les envoie à des éditeurs, « sans vraiment y croire », assure-t-il aujourd’hui.


C’est finalement la revue Décapage qui édite en premier ses écrits avec la nouvelle Le canif de mon père, en 2011. Pour Jean-Marc Gendarme, c’est un coup de coeur : « Quand vous lisez Clément, vous sentez qu’il y a un écrit. Il a de l’humour, de l’esprit, et il sait décrire les humains ».


Décapage est rachetée dans le même temps par Flammarion. « Cela a été ma porte d’entrée, explique le jeune écrivain. Je leur ai présenté mon troisième roman, écrit d’un jet ». L’éditrice, Alix Penent, l’apprécie. Elle propose de le reprendre. Mais lui préfère se lancer dans un autre récit. En mars 2012, L’Eté slovène devient son premier roman édité. Il se souvient : « Je n’envisageais pas, à l’époque, l’écriture comme une œuvre à peaufiner ». Dans le livre, le narrateur tient beaucoup de Bénech. Calme et posé, capable d’un humour fin, mais parfois un peu déconnecté.


Depuis son premier roman, Clément Bénech intellectualise davantage l’écriture. « Clément  a tendance à sacraliser la littérature », juge François-Henri Désérable, un romancier de 28 ans dont le premier ouvrage est sorti en même temps que L’Eté slovène. « Il la place au-dessus de tout. Il dit même souvent qu’il ne veut pas d’enfant, tant qu’il n’a pas une œuvre conséquente ».


Clément Bénech tient un journal intime, qu’il veut publier à titre posthume. Chaque jour, il y inscrit ses lectures et réflexions sur la littérature. Il le nourrit de ses discussions avec les nombreux auteurs qu’il fréquente : « J’adore les écrivains, confesse-t-il. Je ne suis pas d’accord avec le dogme selon lequel les écrivains ne doivent pas se fréquenter ».


Désérable et lui entretiennent une amitié réelle. Elle était pourtant partie sur de mauvaises bases. « Je lui avais écrit sur Facebook, explique Désérable, car j’adorais son blog. Il a attendu que je gagne un concours de nouvelles pour me répondre. » « Clément veut connaître tout le monde, abonde Gendarme. Il s’est bâti un énorme réseau en quelques années. Ce réseau, des écrivains bien plus expérimentés ne l’ont pas, même après vingt ans ».


« Il a beaucoup mûri. Il a lu énormément, et a compris que malgré ses facilités, il faut bosser », ajoute Gendarme. Les critiques moins positives de son deuxième roman y ont peut-être contribué. Bénech le reconnaît : « Pour mon troisième roman, je change de méthode. Je construis l’intrigue et n’attaque pas l’écriture tant que je ne suis pas satisfait du déroulé ».


« Le problème de Clément, c’est qu’il n’arrive pas encore à mettre assez de Bénech dans ses écrits, estime Désérable. Il veut correspondre à une certaine idée de la littérature. » Gendarme ajoute : « En un sens, il a une vision très classique du roman français. Il est l’un des derniers écrivains du genre. »

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