Réfugiés : une maman pour les migrants

Dans l'ancien lycée Jean Quarré à Paris (19e), occupé par des migrants depuis juillet dernier, Mama n'est pas la chef qu'en cuisine.
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Publié le 9 Octobre 2015
Mots clés : Migrants, Réfugiés
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Making Of
Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la première session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), sous la direction de Pierre Ballester.
Les poubelles s'amoncellent dans les couloirs. Les bols sales côtoient les paquets de gâteaux éventrés. La saleté, l'odeur d'urine, le bruit... Tout ça serait pire sans Mama. La peau noire légèrement ridée, proche des cinquante ans, cette voisine, originaire du Bénin, est cuisinière au squat du lycée Jean Quarré du 19e arrondissement de Paris. Des réfugiés ont investi les lieux il y a trois mois.

Leïla, une jeune bénévole, rigole en parlant d'elle: « Elle ne parle à personne, Mama. Elle râle. » Mama se faufile en grommelant dans la réserve de nourriture. Il est presque midi. Les migrants se font plus nombreux aux abords de la cuisine. Mama bougonne. « Là, je n'ai pas le temps. Ils vont frapper bientôt à la porte parce qu'ils ont faim. »

Coiffée d'un bonnet orné de strass, emmitouflée dans un gros manteau en faux poils bruns, elle vide un congélateur de poulets et de steaks qu'elle jette vivement sur un grand plateau. « Je suis là dès dix heures et, parfois, je rentre chez moi à une heure du matin », tonne-t-elle, en réajustant ses lunettes qui glissent le long de son nez. Les aliments sont apportés par les bénévoles. Vêtements, nourriture et savons... Les habitants du quartier de la Place des Fêtes sont également généreux. 

« Je cuisine pour qu'ils restent tranquilles »

« Si on ne les encadrait pas, ce serait terrible. Heureusement, je suis là, moi! » L'organisation du squat relève principalement des migrants et laisse à désirer. Mama a décidé de s'engager au squat quand elle a vu qu'il était situé près d'un collège. « Ça me dérange, confie-t-elle en allumant le réchaud où un migrant pose une grosse marmite remplie d'eau. Des bagarres éclatent parfois, la dernière à coups de bâtons.» De la fenêtre de chez elle, Mama a vue sur le squat. « Il y a de la violence », déplore-t-elle. Cette maman de deux enfants, déjà adultes, accepte mal un tel bazar à côté d'une cour d'école.

Les migrants sont en surnombre. La nourriture manque parfois et le ton monte vite dans le squat. Mama cuisine « pour qu'ils restent tranquilles dans leur tête ». Plus que rendre service, Mama fait régner l'ordre. Elle évoque un Soudanais qui s'est « calmé » depuis son arrivée. Un autre bénévole hoche la tête. On ne contredit pas Mama. Dans la cuisine, on n'entend qu'elle. Elle balance la boite de spaghettis pour porter la main à sa poitrine : « Si y'a personne, comment ils vont être ? Faut pas avoir le ventre vide, hein. » Ce jour-là, ce sera viande et pâtes. Les premiers affamés tapent sur le bois de la porte. Mama soupire bruyamment et donne un coup de menton vers ses fourneaux. « Tout ça, conclut-elle, je le fais au nom de la France qui m'a accueillie. »

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