Sur les murs, dans les livres, Thomas Baas dessine partout

PORTRAIT. Thomas Baas est illustrateur jeunesse et affichiste. Avec plus de soixante livres et de nombreuses d'affiches, il a imposé son univers visuel dans les bibliothèques des petits et sur les murs des grands.

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Publié le 19 Décembre 2017
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Making Of

Ce portrait a été réalisé dans le cadre de la session de techniques de base rédactionnelles avec Pierre Ballester

Un homme à la peau orange et aux cheveux bleus sourit. En quelques secondes, la main de Thomas Baas a donné vie à ce petit homme sur un écran. La tablette graphique qui trône sur le bureau en bois contraste avec les feuilles de papier couvertes de croquis. Quelques pots remplis de crayons, de stylos à encre et de pinceaux sont posés sur le côté droit de la table de travail. Au mur, des affiches, dans la bibliothèque, des livres pour enfant. Pas de doute possible, c'est l'atelier de Thomas Baas.

Alors que la plupart des gens abandonnent les dessins maladroits une fois l'enfance passée, Thomas Baas a continué à griffonner sur ses cahiers de classe pendant son adolescence. Le jeune bachelier s'est dirigé naturellement vers l'école des arts décoratifs de sa ville natale, Strasbourg. Avec le recul, il en déduit :« si je n'avais pas été à Strasbourg, je n'aurais pas fait ça du tout ». Pour sa spécialisation en troisième année, il choisit l'atelier d'illustration de Claude Lapointe. Depuis 1972, cet atelier, créé à Strasbourg par l'illustrateur des Contes de la rue Broca, s'est construit une réputation de pépinière d'illustrateurs de talent. « C'était plus par envie de dessiner que de faire de l'illustration jeunesse », dévoile le, désormais, illustrateur.

Un effet boule de neige

Les premiers pas en dehors des « arts déco » n'ont pas été très rudes pour Thomas Baas. Son entrée dans le monde de l'illustration s'est faite par la grande porte. Après avoir calé quelques rendez-vous avec des éditeurs, l'illustrateur séduit la maison Glénat. L'éditeur de Titeuf lui achète Quoi ? Pourquoi ?, une série d'imagiers que Thomas Baas avait accompli comme un projet de fin d'étude. Ce jeune diplômé estampillé « atelier Claude Lapointe », « un gage de qualité » pour les maisons d'édition, a également tapé dans l'oeil de Nathan, l'éditeur de Gudule et Susie Morgenstern. Il admet, non sans une certaine pudeur, « c'est la seule fois de ma vie où j'ai démarché. Il y a eu un effet boule de neige et je n'ai jamais arrêté de bosser depuis ».

L'illustration jeunesse n'est pas l'unique gagne-pain de Thomas Baas. Le Strasbourgeois se distingue par ailleurs dans le monde des affiches, publicitaires ou promotionnelles. Le secret de ses affiches ? Traiter le texte avec autant d'intérêt que l'image. En 2011, Thomas Baas participe à Rock Art, un atelier d'illustration du festival Rock en Seine à Saint-Cloud (92). Il doit mettre en image le groupe de pop française HushPuppies, présent sur une des scènes du festival. L'équipe de Rock en Seine remarque son talent et lui propose de réaliser l'affiche de la dixième édition de l'évènement. L'auteur se souvient : « Ils avaient une thématique autour de la fête foraine et du cirque. Je savais qu'il devait y avoir des déclinaisons - différents formats d'affiches, des t-shirts, des goodies. Comme il y avait plein de personnages, j'avais montré comment on pouvait décliner le truc dans tous les sens. » Une femme à barbe, un malabar en marcel, une sorcière et sa boule de cristal, les personnages de l'univers de Thomas Baas semblaient tout droit sortis d'une version pétillante et édulcorée de Freaks (Browning, 1932).

L'affichiste s'est également frotté aux publicités dès le début de sa carrière. En 2002, après avoir contribué à une campagne publicitaire pour le caviste Nicolas, il participe à un magazine publicitaire trimestriel pour les Galeries Lafayette. Chaque annonceur a vu sa marque illustrée de manière décalée et surprenante. Un loup solitaire vante les mérites du Grand Marnier, un ours blanc en patins à glace glisse sur un verre Spiegelau tandis qu'un petit paysan se tient fièrement au sommet d'une montagne de Bethmale, un fromage pyrénéen. « Ça a été un vrai coup de pouce pour moi, ça m'a fait connaître dans ce milieu », affirme Thomas Baas. Preuve que ses créations sortaient largement du cadre de la simple publicité, elles sont aujourd'hui exposées par la galerie Robillard, rue de Malte à Paris (11e).

« Ce n'est pas un don »

Le style de Rebecca Dautremer n'est pas celui de Claude Ponti qui n'est pas celui de Thomas Baas. Pourtant, lorsqu'il s'agit de définir le style d'un illustrateur, l'affaire se corse. Pour l'auteur de L'envol d'Osvaldo (Flammarion, 2016), « ce qui fait mon style... C'est quelque chose qui m'échappe complètement ». Chaque texte qu'il illustre donne naissance à des formes, des palettes de couleur qui se retrouvent tout au long du livre et qui ne ressemblent pas aux autres collaborations. Chaque livre devient une planète d'un même système solaire. Les dessins de Thomas Baas évoluent avec le temps mais sa patte est toujours visible. Pour répondre à ceux qui admirent son talent, il se dédouane complètement : « ce n'est pas un don, j'ai travaillé ». Comme un pianiste ou un boulanger, l'auteur illustrateur a façonné son talent pour arriver à fournir un travail de qualité.

Thomas Baas n'a pas fini d'imager le monde. Récemment, il est sorti de l'espace jeunesse pour s'inviter dans le milieu des adultes. Dans Fromage (Milan et demi, 2017), un livre présentant une sélection de soixante fromages, l'artiste a animé chaque page d'un dessin de fromage mis en scène avec la malice qui lui est propre. De quoi se payer une bonne tranche, sans passer par la bibliothèque des bouts de chou.

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