Du porno à l’hosto

Liza Del Sierra l’actrice, Emilie l’aide-soignante, cette jeune femme de 32 ans mène une double-vie. Portrait d’une femme à la reconversion atypique.

A propos de ce projet
Publié le 4 Décembre 2017
Auteur
Marine Protais
Marine Protais Promotion 72
Making Of
Cet article a été réalisé en novembre 2017, dans le cadre de la session TBR (techniques de base rédactionnelles) du CFJ animée par Pierre Ballester.
« Faut que j’aille me raser la chatte parce que ce soir elle va prendre une cartouche ! » Elle est comme ça, Liza. Elle alterne entre langage soutenu et expressions très crues, parfois même « obscènes » selon son cousin Nicolas. Lorsqu’elle ouvre la porte de son 30m2 bordelais, elle est simplement vêtue d’un peignoir blanc crème - volé dans un hôtel de luxe - qui cache à peine les tatouages de son bras gauche. 
 
Liza Del Sierra vient de faire son retour sur la scène du porno avec la sortie de deux films produits par Dorcel Club, Scandale au vestiaire et Club Xtrem. « J’avais arrêté pendant cinq ans parce que j’avais un mec et je voulais privilégier ma vie privée. » Si elle a décidé de reprendre le X, c’est pour se « libérer la tête » et payer ses trois prochaines années d’études. Parce que derrière Liza, se cache Emilie. Cette Bordelaise se prépare à passer les concours d’école d’infirmière. Si elle y parvient, elle arrêtera pour de bon le porno au mois d’août. « Je suis aide-soignante avant tout et je rêve d’une évolution de carrière ». 
 
Liza a débuté dans le porno par un « concours de circonstances ». Née à Cergy (Val-d’Oise), elle fait partie d’une fratrie de six enfants âgés de 14 à 34 ans. Quand elle était petite, Emilie était discrète. « Je ne faisais pas chier. J’avais de bonnes notes, je faisais mon lit et le ménage. » Mais elle n’a pas poursuivi les études et, à l’âge de 20 ans, elle travaillait à la fois dans un bar et dans un sexshop. Le monde du X n’était plus très loin. « J’ai croisé la route d’un acteur qui a envoyé mes photos au magazine Hot Video. J’étais payée 500 francs pour poser à poil sur un bateau au soleil, c’était génial ! Quand les photos sont sorties, Dorcel m’a contactée et m’a proposé du boulot. Je me suis dit ‘’pourquoi pas’’. » Son salaire actuel d’actrice ? Liza préfère ne pas en parler. Mais elle avoue que « c’est bien plus que les 1 300€ mensuels d’aide-soignante ». Elle reconnaît d’ailleurs être payée trois fois plus que les autres actrices. « Je suis très chère et donc, je peux me permettre de tourner peu ». 
 

« Aujourd’hui, je bosse les maths et demain, je partirai pour une sodomie »

 
Liza souvent, Emilie toujours… Pas facile de mener une double vie. « C’est une idée un peu schizophrène ». Sa carrière d’actrice prend souvent le dessus, surtout lorsque les gens la reconnaissent. Mais à l’hôpital, cela ne lui pose aucun problème. « Les gens ne mélangent pas tout. Entre collègues, on n’en parle pas. On laisse nos vies privées aux vestiaires. Les patients, eux, sont à ce moment précis dans une situation de vulnérabilité. Ils ne se disent pas que leur aide-soignante est actrice de cul. »
 
En tout, Liza affirme avoir eu des rapports sexuels avec 2 000 personnes. Mais elle distingue « la baise dans les films » et « faire l’amour » en tant qu’Emilie. « Dans 90% des tournages, je ne considère pas que j’ai baisé. En privé, je m’envoie en l’air ». Faire du porno l’a aidée à s’épanouir sexuellement. « Si je n’avais pas pratiqué le sexe anal en plateau, je ne l’aurais sûrement jamais testé ». 
 
Mais si le porno lui a apporté beaucoup, Emilie est consciente que sa reconversion interpelle. « Les gens ne comprennent pas qu’aujourd’hui, je bosse les maths et demain, je partirai pour une sodomie. » Elle sait que sa carrière d’actrice risque de la suivre toute sa vie. « Quand j’aurai des enfants, je leur parlerai de mon passé. Ils vont forcément en payer les conséquences. Mais j’espère les éduquer de manière à pardonner, comprendre et ne pas juger. »
 

« A cause du porno, j’ai l’impression qu’on ne m’aimera jamais »

 
L’entourage d’Emilie accepte son métier d’actrice, mais félicite surtout sa reconversion. Son cousin Nicolas, banquier de 40 ans, est « très admiratif ». « Reprendre les études à plus de 30 piges et servir les autres, peu de gens savent le faire. » Julie, son amie et camarade de promo « la respecte et l’admire. » Emilie aime son métier d’actrice mais regrette ce que cela lui « coûte » en termes de relations amoureuses. Dans son futur, elle s’imagine rentrer du travail, retrouver son mari et diner en famille. « Je suis le genre de gonzesse lessive-ménage-cuisine ». 
 
Emilie vit actuellement une histoire avec un homme, « célèbre et père de famille ». Elle préfère garder son nom secret. « C’est terrible et magnifique en même temps. » Elle qui rêve de se marier est effrayée à l’idée qu’on l’abandonne. « A cause du porno, j’ai l’impression qu’on ne m’aimera jamais. » Et elle reconnaît avoir du mal à refuser un rapport sexuel. « Les hommes savent retourner le porno contre moi. Je me sens parfois obligée de le faire. Je suis le genre de fille qu’on considère comme une demi-femme : ce n’est pas très grave d’être irrespectueux envers moi, vu que je fais du porno. »
 

« J’ai perdu 4000 abonnés en cinq minutes » en parlant politique 

 
Le plus « frustrant » en tant qu’actrice, c’est d’avoir le sentiment que personne n’essaie de la connaître réellement. Il est très compliqué d’entretenir une vie privée quand on est actrice porno. « J’accepte des choses qu’une femme lambda n’accepterait pas, comme coucher le premier soir. Dans mon monde, c’est une sorte de passage obligé : pour me connaître, il faut me passer dessus. Mais j’aime penser qu’une femme normale, on apprend d’abord à la connaître et c’est justement parce qu’on l’apprécie qu’on veut construire une relation avec elle ». 
 
Parce qu’elle est actrice, elle se refuse à faire beaucoup de choses. Donner son avis sur des faits d’actualité est de l’ordre de l’impensable. « Au moment de l’élection présidentielle, moi j’ai bien fermé ma gueule. Quand j’ai osé parler politique, j’ai perdu 4000 abonnés en cinq minutes. » Sur les réseaux sociaux, elle entretient l’image de Liza Del Sierra : un personnage qui se résume à une attitude aguicheuse, d’une « beauté magnifique » pour certains, une « sale pute » pour d’autres. Emilie est pourtant plus que ça. « Elle est sincère, spontanée et très cultivée », explique son amie Julie, aide-soignante de 27 ans. Elle est abonnée à Society et Courrier International, « comme tout le monde ». La jeune femme lit aussi beaucoup de romans, des polars pour la plupart, précieusement rangés sous l’escalier qui mène à sa mezzanine.
 
Dans son quotidien, Emilie est une personne joyeuse qui vit de petits plaisirs. « Dans la vie, j’aime m’asseoir par terre et fumer un bédo. » Elle fait ce dont elle a envie, sans trop se poser de questions. Son cousin se souvient l’avoir vue, un soir à Bordeaux, passer devant un commissariat, alcoolisée, dans un caddie Auchan. « C’était drôle ». 
 

Liza Del Sierra en bref

 

  • 2005 : début dans le porno, après avoir enchaîné les petits boulots (femme de ménage, vendeuse en boulangerie, repasseuse etc).
  • 2009 : distinguée par un X Award d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, au Festival international de l’érotisme de Bruxelles.
  • 2012: début de sa carrière d'aide-soignante
  • Juin 2017: obtention du bac L, mention bien, passé en candidat libre
  • Août 2017 : reprise du porno, avec la sortie de deux nouveaux films.

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