Noël s’invite dans les villages alsaciens

Si le marché de Noël de Strasbourg accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs, les villages alsaciens attirent aussi des foules entières avec une ambiance plus intimiste. La rédaction a sélectionné pour vous trois marchés ruraux à ne pas manquer.
A propos de ce projet
Publié le 9 Janvier 2017
Mots clés : Noël, Vie pratique
Auteur
Pauline Jallon Promotion 71
Making Of
Ce reportage a été réalisé par Pauline Jallon dans le cadre de la semaine de quotidien école (décembre 2016), dans la rubrique "Vie Pratique", sous la direction d'Ondine Millot.
Riquewihr, le passage obligé

Derrière le rempart médiéval, au cœur du vignoble, les montagnes dans le dos, ce village d'à peine 1000 habitants devient la commune la plus visitée de France au mois de décembre. L’organisation du marché de Noël est l’affaire de tous. Guirlandes suspendues entre les maisons côtoient rubans rouges, branches de sapin aux fenêtres et vitrines de boutiques qui brillent de mille éclats.

Le marché est sur la place, en contrebas du minuscule village. Une foule de touristes envahit les travées, serpente au milieu des stands-chalets et des maisons à colombages. Jeannine, une belge 67 ans sirote du vin chaud tandis qu’elle se fraye clopin-clopant un chemin. Nullement découragée, elle s’exclame : «On vient chaque année, on ne s’en lasse pas!» Des dizaines de bus recrachent une flopée de touristes issus du monde entier : des Américains, des Espagnols, des Japonais, mais aussi des Alsaciens. «On connaît bien Riquewihr, mais à cette période de l’année, ça vaut vraiment le coup d’y venir », témoigne Bertrand, quadragénaire originaire d'Ammerschwihr, un village voisin.

Sur les stands, on trouve pêle-mêle du foie gras, des vins locaux, des décorations de Noël artisanales comme des santons à peindre soi-même. Stimulé par le vin chaud, le visiteur peut grimper tout en haut de la rue principale pour accéder au lieu incontournable de Riquewihr : la boutique « Féérie de Noël ». Cinquante personnes font la queue pour pénétrer chez ce spécialiste des décorations, aux 20.000 références. Si le visiteur se décourage devant l’afflux, il peut aussi revenir plus tard : la boutique est ouverte toute l’année.

Kaysersberg, l'artisanat et l'authenticité

La nuit n’est pas encore tombée, mais déjà les guirlandes illuminent les stands du très typique
village de Kaysersberg. Comme c’est le cas depuis trente ans, la commune a tout misé sur l’artisanat local et la gastronomie. Ici, chaque village de la vallée a droit à sa maisonnette et ses propres produits. Les étals des producteurs débordent de vin chaud bio au miel, de pommes de terre au fromage fondu, et de gâteaux à la cannelle, à la vanille, au chocolat, en forme de sapin ou en forme de coeur : des bredalas.

Derrière son stand, Fabrice Duguet, emmitouflé dans un gros bonnet et une grosse écharpe pour combattre le froid de l’hiver, profite du marché de Noël pour vendre des nichoirs à oiseaux multicolores fabriqués par ses soins : «Les gens adorent, ça met de la couleur chez eux et en plus c’est 100% naturel.» A défaut d’être 100% Noël.

Ribeauvillé, le coup de cœur médiéval de la rédaction

«Laissez passer ! Laissez passer !» La foule s’écarte, laissant apparaître un homme vêtu d’une cape, un bonnet pointu sur la tête et un bâton de bois à la main. Derrière lui, un troupeau de moutons bruns. «Scandez avec nous la prière du Mout Mout», crie t-il aux passants. Un peu plus loin, sur la place de l’hôtel de ville de Ribeauvillé, un homme vêtu en bédouin, un turban sur la tête, présente ses chameaux aux touristes qui l’entourent : «Ils viennent tout droit de Munich!» Pendant ce temps, un sanglier entier tourne sur une broche devant l’église, au-dessus d’un grand feu. Autour de lui, des gens dégustent la viande avec du chou rouge et des marrons chauds : un vrai repas du Moyen-Âge.

Comme chaque année à Noël, grâce à des dizaines de bénévoles, le village se change en cité médiévale à l’occasion de son marché. Musiciens, farfadets, faunes et autres druides envahissent les rues et animent les stands. «On s’y croirait», s’enthousiasme Sandrine, 34 ans, venue de Nantes avec son fils. Tous deux font la queue devant une maisonnette où des lutins étalent du fromage fondu et d’épaisses tranches de lard sur du pain de campagne. Les tartines sont vendues pour la somme de cinq euros. Pour ce prix, on peut également se procurer une assiette du «fameux boudin du père Gégé» avec des pommes de terre, un peu plus loin dans la rue. On peut aussi acquérir un coutelas et sa pochette de cuir à « L’atelier d’Akinra » ou un livre de contes à « L’échoppe d’Eowyn». À Ribeauvillé, le médiéval n’est pas que dans l’assiette.

Les marchés de Noël, une poule aux œufs d'or pour les commerçants

Hôtels complets six mois à l'avance, restaurants obligés de faire deux services du midi, queues devant les boutiques... Chaque année au moment des marchés de Noël, le scénario se répète. «Décembre est l'un de nos plus gros mois. Certains clients réservent déjà pour l'année prochaine», explique Sylvine Pirola, patronne d'un hôtel-restaurant situé à une quinzaine de kilomètres de Kaysersberg.

Les exposants des marchés profitent eux aussi de la foule. Thierry Husson, agriculteur, vend sur son stand des barquettes de pommes de terre au fromage à cinq euros. «Je peux faire jusqu'à 700 euros en une journée, explique t-il. Je suis souvent en rupture de stock». Petits marchés et gros profits.

Sécurité renforcée : tout le monde trinque

Etat d'urgence oblige, les marchés de Noël ruraux ont eux aussi investi dans un dispositif de sécurité renforcé. A Kaysersberg comme à Riquewihr, les sacs sont inspectés à l'entrée des marchés par des vigiles. Des gendarmes patrouillent également dans les rues. «En temps normal, notre rôle se limite à orienter les passants, ou à faire circuler la foule quand il y a trop de monde au même endroit, témoigne Joël Piquet, gendarme en charge de la sécurité à Ribeauvillé. Aujourd'hui, on doit aussi être prêt à intervenir s'il se passe quelque chose».

Ce dispositif a un prix : à Kaysersberg, les commerçants présents sur les marchés, mais aussi les boutiques, les hôtels et les restaurants ont déboursé chacun 200 euros environ. «Tous les acteurs économiques concernés ont mis la main à la poche», explique Christophe Bergamini, directeur de l'Office du tourisme de Kaysersberg. Rien qui puisse décourager les touristes, qui sont 200.000 chaque année à visiter le marché selon ses chiffres. «Je dirais même qu'on a eu plus de monde cette année : les gens se sont tournés vers les villages à cause de la menace d'attentat à Strasbourg.»

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