La politique du « hashtag »

Des militants socialistes se sont réunis jeudi 24 novembre au siège du parti pour « riposter » sur Twitter au débat de la primaire de la droite et du centre.
A propos de ce projet
Auteur
Eléa Pommiers
Eléa Pommiers Promotion 71
Making Of
Cet article a été réalisé dans le cadre d'un travail individuel, encadré par Pierre Ballester.

« Programme de François Fillon », « Programme d'Alain Juppé ». En passant les portes du siège du Parti socialiste hier soir, d'aucun aurait été surpris de tomber sur ces deux documents; incrédule de voir des militants socialistes s'en saisir avec enthousiasme.

Ils étaient une soixantaine à avoir investi la salle de réunion du PS. Hier soir, c'était « riposte party » rue de Solférino. Tout était prévu: grand écran, « hashtags », pizzas, boissons... et prises électriques; l'accessoire indispensable de la soirée. Chacun s'est armé de son smartphone, de sa tablette ou de son ordinateur. L'objectif: investir le réseau social Twitter pour contrer les arguments de la droite en direct.

Romain, 21 ans, a la mine studieuse. Il est là pour « toucher les jeunes via les réseaux sociaux. Quand on voit le taux d'abstention des gens de notre âge, c'est primordial ». Juste derrière, Jean-Michel, la cinquantaine, ne quitte pas son écran des yeux. « Beaucoup de gens ne vont suivre le débat que sur Twitter ce soir. Ils ne retiendront donc que ce qui y est écrit. Il faut investir cette plateforme pour faire entendre un autre son de cloche ».

« Caricature ! »

Alors, toute la soirée, les militants dégainent. Sur Twitter, ils utilisent de mot-clé « Prendsgarde » pour développer des contre-arguments... Mais pas seulement. Tous les tacles sont bons. Le mot d'ordre de la soirée: « caricature ».

« Monsieur Juppé, vous est-il déjà arrivé de manifester ? », interroge à l'écran la journaliste Alexandra Bensaïd, qui anime le débat. « Au Jurassic peut-être ! », scande Paul, quarantenaire encarté. Ce même Paul assure une heure et demie plus tard n'avoir retenu qu'une seule chose du débat: l'excès de salive sur les lèvres d'Alain Juppé, qu'il n'a pas manqué de souligner sur Twitter. « Au moins, maintenant, on en est sûrs: il a un dentier ! ».

François Fillon n'est pas épargné. « Minable », « lamentable », « vas-y Alain, tape ! », les interjections ne manquent pas pour ponctuer ses prises de parole. Et quand le même François Fillon entame sa défense sur l'avortement par « ça ne vous aura pas échappé, je ne suis pas une femme », la salle part dans un éclat de rire. Jean-Michel tweete: « Mr Fillon, quelle est votre position sur l'IVG ? La position du missionnaire ? ». De son discours ils ne retiendront qu'un mot ,« caricature », répété une dizaine de fois par le candidat.

« La gauche la plus bête du monde, c'est nous ! »

Ils font bloc contre la droite. Mais leurs huées communes maquillent des divisions profondes. « J'ai voté au premier tour de la primaire... Pour Sarkozy ! », confie Paul a voix basse. « C'était un pur calcul politique: je pense que c'était notre meilleure chance. Maintenant je m'en fiche, les deux restants sont les mêmes pour moi ».

« Voter serait une trahison de la gauche, mais j'espère que ce sera Juppé », assure Jean-Michel, soutien d'Arnaud Montebourg. Mobilisé en 1995 contre le « plan Juppé », il n'aurait pas cru adopter cette position un jour. « Fillon est beaucoup plus dur que lui, en fait... Je ne le connaissais pas mais je me rends compte qu'il y a vraiment deux droites. ». Simon-Pierre, 25 ans et aussi partisan d'Arnaud Montebourg, approuve. « Je n'irai pas voter. Mais je pense sincèrement que Juppé serait mieux pour la grandeur de la France ! ».  Il n'en faut pas plus pour énerver Liliane, la soixantaine, et soutien de François Hollande. « C'est partir du principe qu'on va perdre en 2017 ! En même temps, avec autant de divisions... La gauche la plus bête du monde, là, c'est nous ! ».  

Le spectre de la primaire de la gauche ne fait effectivement pas beaucoup d'heureux. Quand les écrans s'éteignent, la porte-parole du PS appelle les militants à une « support party » pour la primaire de janvier. C'est un silence gêné qui lui a répondu.

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