L’autre violence faite aux femmes

Le gouvernement a annoncé avant-hier un nouveau plan de lutte contre les violences faites aux femmes. Alléger la difficulté des procédures pour guérir la brutalité des coups.

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Publié le 22 Décembre 2016
Auteur
Eléa Pommiers
Eléa Pommiers Promotion 71
Making Of
Cet article a été réalisé en novembre 2016, dans le cadre de la session TBR (techniques de base rédactionnelles) du CFJ animée par Pierre Ballester.

 

Le portail d’entrée est à peine visible dans le mur austère qui encercle le Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) de la porte de Charenton à Paris (12e). Tête baissée, une femme s’y engouffre en tenant la main de ses deux jeunes enfants. « Ici, on a des personnes qui ne veulent pas être vues de la société », souffle Alfredo, chargé de la réception dans l’un des deux centres de la capitale dédiés à l’accueil des femmes battues.

 

Le CHRS de la porte de Charenton héberge 28 familles monoparentales. « Ce sont surtout des femmes d’origines étrangères », détaille Alfredo. « Elles ne peuvent pas rester près de leur mari, elles n’ont souvent pas de travail, et peu de revenus. Alors, on les héberge ici, mais on manque de place. On est souvent contraints de refuser des gens ».

 

Les places d’hébergement, c’est justement un point central du nouveau plan de lutte contre les violences faites aux femmes présenté mercredi par le gouvernement. La ministre des droits des femmes, Laurence Rossignol, souhaite renforcer les dispositifs existants pour lutter contre des violences qui restent « massives ».

 

Le budget du 5e plan va donc plus que doubler pour atteindre 130 millions d’euros. Au programme: prise en charge d’enfants témoins de violence, augmentation des places d’hébergement, meilleure formation des professionnels… Des annonces à demi-saluées sur le terrain.

 

Une forme « d’hypocrisie politique »

 

Pour Alfredo, la prise en charge psychologique reste la plus problématique, faute de spécialisation dans le traitement des traumatismes dus aux violences. « On a parfois des familles qui viennent d’Afrique du nord pour « rendre » les femmes à leur mari… Il faut  des moyens pour que les psychologues soient formés et puissent comprendre ces logiques ».

 

Un avis nuancé par une permanente de l’association Femmes solidaires qui a souhaité garder l’anonymat. Elle confirme qu’« on manque de places d’hébergement et de psychologues » mais assure que « sur le plan juridique, on est très bien armés maintenant », en faisant référence à l’ordonnance de protection et à l’expulsion du conjoint violent, instaurées en 2010.

 

Cette permanente d’une cinquantaine d’années s’insurge plutôt devant ce qu’elle estime être de « l’hypocrisie politique »: « Payer mais supprimer des postes… Original ! ». Si elle reconnaît l’effort financier, elle souligne qu’« il faudrait déjà qu’on puisse appliquer ce qui est en place. Regardez la femme que je viens d’avoir au téléphone: elle a porté plainte trois fois. Et la police n’a rien fait ! Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont plus les effectifs pour ».

 

Pour elle, des progrès considérables ont été accomplis sur la prise en charge des violences. « Le reste réside dans un travail sur les mentalités » croit-elle savoir, avant d’ironiser: « Et ça, ça ne se finance pas ! ».

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