Policiers en colère : première manifestation légale aux Invalides

SECURITE - L'association Mobilisation des policiers en colère a organisé sa première manifestation légale mardi 13 décembre, sur l'esplanade des Invalides.

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Publié le 13 Décembre 2016
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Romain Gaspar
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Cet article a été rédigé dans le cadre de la session "quotidien école" supervisée par Jonathan Bouchet-Petersen, journaliste à Libération. Rédacteur police-justice, Romain était encadré par Ondine Millot, également journaliste chez Libération.

Crédits photo : © Vincent Lamhaut

Cette fois, la manifestation était légale. Après plusieurs rassemblements non déclarés en préfecture, les policiers, mobilisés depuis l’attaque au cocktail Molotov de quatre de leurs collègues à Viry-Châtillon en octobre dernier, se sont officiellement rassemblés mardi soir sur l’esplanade des Invalides.

L’association « Mobilisation des policiers en colère » avait officiellement appelé à cette manifestation. Ce nouveau collectif, qui se décrit comme « asyndical et apolitique », a pour but de crédibiliser la parole des policiers en colère.  « Ce mouvement tend à être une voix différente, une force de proposition indépendante libérée du champ politique et syndical », a expliqué mardi Maggy Biskupski, 34 ans, policière dans une brigade de roulement des Yvelines et présidente du MPC, lors d’une conférence de presse. « Nous pensons qu’une nouvelle police doit naître », a-t-elle ajouté.

L’assassinat il y a six mois d’un couple de policiers à Magnanville (Yvelines) et l’attaque contre des policiers à Viry-Châtillon ont déclenché la protestation des forces de l’ordre sur leurs missions et leurs conditions de travail. Elles réclament une augmentation des moyens matériels et humains, un droit à la légitime défense plus souple, des condamnations plus sévères de la justice pour les délinquants, une meilleure reconnaissance de leur métier et une simplification des paperasseries administratives. « On a l’impression que les droits de l’homme ne vont que dans le sens des mis en examen » affirme Jonathan, policier en brigade de nuit. Chantal, mère de policier, pointe du doigt l’absence de citoyens à la manifestation. « Je ne sais pas ce que les citoyens attendent pour se bouger », lance-t-elle.

Une réponse gouvernementale insuffisante

Pour calmer la contestation, le gouvernement a promis le 26 octobre de débloquer 250 millions d’euros et, notamment, d’aligner le cadre de la légitime défense des policiers sur celui des gendarmes. Le projet de loi sera présenté le 21 décembre en Conseil des ministres.

Malgré ces avancées, le MPC affirme que le gouvernement n’a pas répondu à leurs revendications, qui sont « beaucoup plus larges ». Le mouvement compte amplifier la mobilisation et souhaite s’implanter dans les commissariats en créant des entités locales pour concurrencer les syndicats établis. Le syndicat Unité SGP Police (majoritaire chez  les gardiens de la paix) dénonce une division dans les rangs de la police. « Nous respectons la colère de nos collègues qui descendent dans la rue mais ce n’est pas dans la désunion que nous allons avoir gain de cause », a déclaré Yves Lefebvre, secrétaire général de ce syndicat. Il ajoute toutefois : « Oui, il y a des syndicats qui ont abdiqué, mais ce n’est pas notre cas ». Il pointe également la concurrence déloyale du MPC, qui joue le rôle d’un syndicat sans passer par les élections professionnelles.  Le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, est déjà attendu au tournant.

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