Alep : l’équipée ratée des députés français

SYRIE. La délégation de trois parlementaires français, qui se rendait à Alep pour réclamer un cessez-le-feu, a été bloquée hier midi par les autorités turques. 

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Publié le 18 Décembre 2016
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Cet article a été écrit en décembre 2016 dans le cadre du quotidien école, supervisé par Jonathan Bouchet-Petersen, journaliste à Libération. Julien était rédacteur au sein de la rubrique International, encadrée par Nicolas Chapuis, journaliste au Monde.

Leur rêve humanitaire s’est brisé contre la frontière turque. Partis pour rejoindre Alep, où ils espéraient obtenir un cessez-le-feu, les députés Cécile Duflot (EELV), Patrick Menucci (PS) et Hervé Mariton (LR) n’ont pas pu entrer sur le sol syrien. Ils ne disposaient pas des autorisations officielles nécessaires.

«On a attendu près de trois heures à la frontière syrienne. Les autorités turques n’ont rien voulu savoir » raconte Jacques Boutault, maire du deuxième arrondissement de Paris et membre de la délégation. Organisée par Cécile Duflot après l’appel à l’aide du maire d’Alep-Est, présent à Paris la semaine dernière, la visite n’avait pas reçu l’aval de l’Assemblée nationale. Elle ne pouvait dès lors pas bénéficier du soutien du ministère des Affaires étrangères, qui aurait engagé les démarches nécessaires pour obtenir l’autorisation de pénétrer sur le territoire syrien. « Nous nous étions entretenus avec la députée Duflot ce week-end. Elle était au courant de la situation. C’était à ses risques et péril» explique un conseiller de l’ambassadeur français en Turquie.

Un cessez-le-feu de 24 heures exigé

Contraints de regagner dans l’après-midi leur base de Gaziantep, au sud-est de la Turquie, les députés déploraient le manque de soutien de l’Etat français. « Notre mission n’était pas ‘’officielle’’ au sens strict du terme, mais vu son importance, le Quai d’Orsay aurait pu intervenir, lâchait, dépité, Jacques Boutault. La France entend jouer un rôle central dans le sauvetage des civils d’Alep. Le message envoyé aujourd’hui est contradictoire

La présidente de la commission des Affaires étrangères, Elisabeth Guigou, a tenu à rappeler que «cette initiative relevait de la seule responsabilité des députés qui avaient décidé d’y participer » et qu’« ils ont été prévenus des dangers inhérents à tout déplacement en Syrie, un pays en guerre et en proie à la menace permanente du terrorisme.» Résignés, les députés ont regagné la France aujourd’hui.

Lundi matin, ils s’étaient entretenus avec les envoyés spéciaux de l’ONU pour planifier l’évacuation des 100 000 civils encore présents à Alep. Selon l’organisation, l’opération ne prendrait que 24 heures. Un seul problème persiste : la Russie. Le président Poutine est opposé à un cessez-le-feu, condition essentielle de l’intervention. « L’ONU n’a pas besoin du vote de la Russie pour instaurer un cordon humanitaire. Cependant, si on organise la sortie des civils pendant que les bombardements perdurent, on assistera à un carnage, prévient Jacques Boutault. La Russie doit accepter l’arrêt des combats l’espace d’une journée. Il en va de la vie de dizaines de milliers de personnes. »

Les affrontements entre le régime de Damas et les rebelles ont causé ces trois dernières semaines plusieurs centaines de morts, et ont contraint à l’exode des dizaines de milliers de civils. 

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