« Les médias traditionnels ne leur parlent pas... »

Hugo Travers est Youtubeur. A 19 ans, et 90.000 abonnés, il veut interviewer tous les candidats à la présidentielle 2017. Nous l’avons rencontré entre deux cours après son interview de Bruno Le Maire.
A propos de ce projet
Publié le 28 Octobre 2016
Auteur
Making Of
Cet article a été réalisé dans le cadre d'un travail individuel, encadré par Pierre Ballester.

Hugo Travers porte des sweats quasiment tout le temps ; aujourd'hui, il a enfilé du bleu. Hugo, qui est à la modestie ce qu'Alain Delon est à l'orgueil, désire introduire les problématiques des jeunes dans le débat politique. Après moins d'un an sur Youtube - et 19 dans la vie -, l'étudiant de Sciences Po s'est lancé le défi d'interviewer tous les candidats à l'élection présidentielle. Bruno Le Maire, qu'il appelle « BLM », a été le premier de sa liste le 5 octobre, lâchant un « putain »* qui restera dans les annales politiques. Cette fois, à l'intervieweur d'être interviewé.

Vous n'avez ni fait de télé-réalité ni de sextape. Pourtant, vous enchaînez les plateaux télé et les plus grands médias parlent de vous. Putain, être Hugo Travers, c'est la classe, non ?

Ça, je ne sais pas (rires). Mais effectivement, il y a un assez bon écho sur mon projet d'interviews, et notamment après celle réalisée avec « BLM ». Toutefois, ce qui m'a un peu agacé - même si ça donne de l'ampleur à l'entretien -, c'est que les médias se sont concentrés sur la petite phrase de Bruno Le Maire. L'idée de cette interview, c'était de parler de fond, tout simplement. Je ne recherche ni la petite phrase, ni la polémique, mais c'est un peu ce qui en est ressorti. Il reste que, beaucoup de gens ont découvert ce projet par cette petite phrase.

Vous souhaitez interviewer tous les candidats à la primaire de la droite, puis à celle de la gauche, et tous les autres candidats à la présidentielle. L'objectif est-il vraiment réalisable ?

Oui, je suis assez optimiste. L'équipe et moi-même - nous sommes cinq - avons le feu vert de tous les candidats à la primaire de la droite. Pour celle de la gauche, certains candidats m'ont déjà contacté eux-mêmes. A priori, nous devrions nous en sortir. Pour ce qui est des autres prétendants à l'Élysée, nous verrons courant 2017. De toutes façons, en terme de stratégie de communication, c'est intéressant pour eux d'aller parler à des jeunes qu'ils ne toucheraient pas forcément en faisant un JT ou une émission politique.

Ce qui revient fréquemment dans les commentaires sur la vidéo, c'est le tutoiement de Bruno Le Maire. Il vous a demandé s'il pouvait vous tutoyer ; vous avez accepté. Un peu paternaliste, non ?

Le côté paternaliste peut ressortir en effet. C'est à moi d'être vigilant là-dessus désormais et de faire en sorte que l'entretien soit le plus sincère possible. Mais ce côté un peu condescendant, je ne pense pas que ce soit une bonne chose pour le candidat. Au contraire, chaque politique devra choisir s'il souhaite me tutoyer ou non. Si quelqu'un me le demande, j'accepterai de nouveau. Et puis, je ne le regrette pas et ça ne me gêne pas. Si on peut avoir un climat un peu plus informel pour parler librement, c'est encore mieux. Je trouve que cela rend l'exercice plus cool et plus parlant pour les jeunes.

« Les jeunes ne sont pas cons »

Votre entretien est une « interview augmentée », c'est-à-dire qu'elle est enrichie visuellement. Est-ce que ce format vous convient ou avez-vous quelques regrets maintenant que la vidéo est en ligne ?

Nous allons encore plus augmenter la prochaine ! Je sais ce que je veux faire et c'est bien loin de ce que nous avons mis en ligne avec la première vidéo. Je veux mettre beaucoup plus de textes, d'infographies et de graphiques, beaucoup plus de motion design. Notre objectif, à terme, c'est de se rapprocher de ce que fait Vox aux Etats-Unis, avec les interviews de Barack Obama notamment, pour lesquelles il y a un énorme travail de postproduction.

Mais justement, pour le format vidéo, c'est osé de faire trente minutes sur le web. Pourquoi ce choix ?

J'ai étudié les formats en me demandant si je voulais faire du Karine Le Marchand ou du fond. J'ai également pensé à faire un format court en mode Fast and curious de Konbini. Pour la FAQ [Foire aux questions ; ndlr] des 5000 abonnés, il y a cinq mois, les gens m'avaient demandé des interviews de fond et des formats assez longs. Ce qui m'a décidé à faire quelque chose d'aussi développé, c'est de constater que Clique, de Mouloud Achour, parvient à tenir une demi-heure en faisant quelque chose qui plaît. Du coup, je me suis dit qu'il fallait prendre le pari de faire du long. C'est très important, parce que même dans les médias traditionnels - dans lesquels on peut avoir du fond, attention -, on a souvent des réactions sur telle ou telle polémique. Moi, j'ai vraiment fait le choix de le délaisser.

Votre projet montre un autre visage de la jeunesse qui ne reste pas uniquement scotchée à NRJ12...

Je pense qu'il ne faut pas avoir peur de proposer ce genre de contenu. Les jeunes ne sont pas cons. Il y a une défiance des gens de notre génération par rapport aux médias en tant qu'institution. Un délire un peu complotiste gravite derrière ça, comme quoi ils seraient un peu proches du pouvoir. Il existe également de la part des jeunes une méfiance relative au format. Ils ont l'impression que les médias traditionnels ne leur parlent pas. La raison est simple : ces derniers ne sont pas du tout adaptés à notre consommation de l'information. Je pense qu'il faut tacler ces défiances. Une fois qu'on arrive à les corriger, on peut faire du fond. Ce n'est pas parce qu'on s'adresse à un jeune qu'il faut lui servir « Une ambition intime » à la M6. Les jeunes n'en ont rien à faire de ça. Ils veulent parler de choses concrètes qui les concernent. »

 

* « Putain, je suis Français, c'est la classe », Bruno Le Maire dans « Présidentielle 2017 : l'interview augmentée de Bruno Le Maire » sur la chaîne Youtube de Hugo Travers, HugoDécrypte.

Tous les projets