En perdant les jeunes, Hollande a tout perdu

Jamais la rupture entre François Hollande et les jeunes n’a été aussi marquée. Alors que le vote des 18-25 ans avait été une des clés de sa victoire en 2012, il vient de perdre un des socles les plus solides de son électorat.  Le président apparait définitivement hors-course pour 2017.
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Maurice Midena
Maurice Midena Promotion 70
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Cet article a été réalisé dans le cadre de la dernière session "Newsroom" de première année, encadrée par Cédric Rouquette. Photo :

Il est désavoué par les jeunes. Il est désavoué par son camp. Ce matin, il a été désavoué par les deux en même temps. Au micro de France Info, le président du Mouvement des jeunes socialistes, Benjamin Lucas, a dressé le bilan des quatre dernières années de François Hollande à la tête de l’Etat. Si l’étudiant en droit de 25 ans a salué certaines mesures prises en cours de quinquennat (les emplois avenir, la généralisation du tiers payant), il a fustigé la tournure récente prise par le gouvernement. « Il y a un certain nombre de mesures, comme la loi travail, qui ne sont pas faites pour la jeunesse », s’est-il exprimé.

"Quand on fait la déchéance de nationalité et... par franceinfo

 

A un an de la présidentielle, la jeunesse a déjà tourné le dos au président socialiste. Dans une enquête IFOP publiée par Le Monde le 3 mai dernier, Hollande arrive quatrième dans l’intention de vote des 18-25 ans. Avec 13 % des voix, il se placerait derrière Marine Le Pen, le candidat Les Républicains et Jean-Luc Mélenchon. La présidente du Front national est même créditée de 31 % des suffrages. Soit dix-huit points de plus que François Hollande. La débandade.

« Est-ce que j’ai permis à la nouvelle génération de prendre toute sa place au sein de la République ? » Le soir de sa victoire, voilà sur quoi François Hollande voulait être jugé au terme de son mandat.  Quatre ans plus tard, pour les principaux intéressés, la réponse est « non ».

Une jeunesse qui se sent délaissée

Les raisons du désarroi sont nombreuses. Le chômage est leur principale préoccupation : plus d’un jeune sur quatre est sans emploi. (25,7 % des 15-24 ans selon Eurostat). Ils se sentent oubliés, délaissés. 85 % d’entre eux pensent que les engagements pour les jeunes n’ont pas été tenus, selon une étude YouGov parue mercredi 5 mai.

Le ras-le-bol s’est déjà exprimé dans et au-dehors des urnes. Quand ils vont voter, ils se tournent maintenant vers les extrémités de l’échiquier politique. Lors des régionales de 2015, le FN était le premier parti des jeunes. Un score à relativiser puisque 60% des moins de 25 ans ne s’étaient pas exprimés.

Avec le mouvement Nuit debout, suivi par des milliers de lycéens et d’étudiants, le divorce prend une autre forme : celle de l’opposition active. Les manifestations contre la loi travail prend des allures d’attaque frontale contre le gouvernement. L’extrême-gauche à son tour récolte les fruits de la rupture entre le PS et la jeunesse. Jean-Luc Mélenchon voit même sa côte remonter auprès des jeunes dans les sondages.

Les jeunes avaient pourtant été un des points-clés de la victoire du Tulliste en 2012. Au second tour de la présidentielle, ils avaient été 57% à préférer le candidat PS au représentant de l’UMP. Quatre ans auparavant, François Hollande avait devancé Nicolas Sarkozy sur toutes les tranches d’âge, exceptée celle des plus de 60 ans. Il était également parvenu à obtenir le soutien des enseignants, des cadres, des professions libérales, et de la classe ouvrière. Seuls les retraités et les commerçants lui avaient échappé.

Il ne reste, de fait, plus grand chose à François Hollande dans la perspective d’une nouvelle candidature pour 2017. Aujourd’hui, le moral des cadres est en berne quand seulement 21% des enseignants se disent prêts à voter Hollande (contre 44% en 2012). Aux régionales, le FN a trusté le vote ouvrier. Quant aux retraités et aux artisans, ils ne font toujours pas confiance au président. Son électorat se réduit comme peau de chagrin.

Un seul point demeure intact chez le président de la République : son inébranlable foi en lui-même. « Il pense qu’il a la baraka », affirme Serge Raffy, rédacteur en chef de l’Obs. Entre le mouvement « Hé oh la gauche ! » et son discours à l’occasion des 80 ans du Front Populaire, l’actuel président pose ses pions. S’il a perdu la jeunesse, il en a conservé la fougue. A défaut de clairvoyance sur une inexorable défaite.

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