« Il y a un mythe de l’enfant surdoué »

Le quotient intellectuel alimente les fantasmes collectifs. Loin d'être une simple mesure de l'intelligence, il est en fait un indicateur des forces et faiblesses des individus.

Emmanuelle Brunet, présidente de l'Association nationale pour les enfants intellectuellement précoces (ANPEIP), explicite les liens entre QI et intelligence. Son association aide les enfants à haut potentiel, ceux qui ont un QI parfois supérieur à la normale. 

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Publié le 8 Octobre 2015
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Making Of
Interview réalisée dans le cadre de la première session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), sous la direction de Cédric Rouquette. Édité par David Ravier. 
Les médias ont relayé l'histoire de Maximilian Janish. Ce Suisse de 12 ans a fait sa rentrée en deuxième année de licence de mathématiques à Perpignan. Il aurait un QI de 149. Qu'est-ce que cela signifie ?
Le QI est le résultat à un test d'intelligence. Le plus courant est l'échelle de Weschler. Celui de Maximilian, comme n'importe quel score à ces tests, doit être considéré avec prudence. Imaginons qu'un enfant a une moyenne de 12/20 après avoir été testé à l'oral et à l'écrit. Il peut avoir 18 à l'écrit, mais 2 à l'oral, car il avait un cheveu sur la langue. Son handicap fausse sa moyenne. C'est pareil avec le QI. Un ensemble de facteurs peuvent fausser le résultat : le moral de l'enfant et d'éventuels troubles associés comme l'hyperactivité ou la dyslexie. Le QI, il ne faut pas y accorder trop d'importance.

Quand prendre la décision de mesurer le QI ?
Si l'enfant va bien, il n'y a pas de raison de le faire tester. La question du test se pose quand on perçoit des décalages. L'intérêt du QI est de montrer les forces, les faiblesses et les ressources de l'enfant. Cela permet de lui expliquer comment il fonctionne. Mais le QI doit être effectué par un professionnel compétent. Les associations ont des listes actualisés et peuvent orienter les familles.

Un haut QI signifie-t-il une intelligence supérieure ?
Absolument pas. Un enfant qui a un QI supérieur est un enfant "++". Il est plus sensible, plus anxieux. Il a potentiellement tout en plus, mais il le maîtrise moins que les autres. Le QI indique des points forts, mais aussi des points faibles. Pendant longtemps, on a d'ailleurs considéré qu'un enfant avec un QI plus haut risquait d'avoir plus de soucis, car les décalages seraient plus difficiles à équilibrer.

Le QI est-il lié au milieu social de l'enfant ?
Il n'y a aucun lien entre le QI et le milieu dans lequel évolue l'enfant. Dans des milieux plus aisés, l'enfant peut être mieux nourri intellectuellement, mieux stimulé, et parfois mieux diagnostiqué. On le repère mieux, mais il n'y en a pas plus. Il y a toujours un risque que l'enfant préfère se fondre dans la masse, pour ne pas attirer l'attention. C'est souvent le cas des filles: elles vont bien jusqu'au lycée, où elles n'arrivent plus à faire semblant. L'enfant naît avec son QI, et il n'évolue pas d'un âge à l'autre.

Y a-t-il un seuil à partir duquel l'enfant est considéré comme à haut potentiel ?
L'éducation nationale retient de manière officielle le seuil de 125 à 130. Néanmoins, les spécialistes s'y refusent. La moyenne peut être faussée. Le QI doit être un commencement. Il faut le lier à d'autres tests : psychomoteur, de stress et même des tests cliniques.

Comment se positionne l'éducation nationale par rapport aux enfants à haut potentiel ?
C'est très compliqué, il y a de fortes réticences. Il y a un mythe de l'enfant surdoué, Agnan dans le Petit Nicolas, censé réussir sans souci. Des enseignants ne reconnaissent pas leurs besoins spécifiques, malgré une circulaire passée en 2009. L'école inclusive commence à faire ses preuves. C'est le fait d'essayer d'intégrer les enfants ayant des troubles d'apprentissage dans les classes. Il ne faut pas isoler l'enfant à haut potentiel, mais l'aider à vivre avec les autres.

Avoir un haut QI garantit-il de réussir ses études ?
Avoir un haut QI ne vous destine pas forcément à avoir un doctorat, à réussir Polytechnique ou HEC. Il n'y a pas que le métier. Il faut trouver un équilibre. Ce qui compte c'est de trouver un domaine où l'enfant peut exprimer son potentiel et être heureux. Ce peut être le sport, la musique. Une passion.

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