Sans les ultras, le PSG a dû s'acheter une ambiance

Cette saison, le Paris Saint-Germain oeuvre en coulisse pour dynamiser l’ambiance du Parc des Princes. Le club a repris contact avec une poignée de supporters privilégiés. Pour les accompagner, il rémunère des faiseurs d’ambiance.
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Cette enquête a été réalisée dans le cadre de la session "Enquête" en avril 2016. Celle-ci a été supervisée par Gérard Davet (Le Monde). Photo : PSGMag.net/Flickr

Lundi 11 mars, il est 20 heures et les allées encerclant le Parc des Princes sont presque vides. On est loin du grouillement des soirs de match. Pourtant, une centaine de supporters, écharpes au cou et maillot sur le torse, sont postés devant le stade. Deux cars affrétés spécialement par le PSG sont là pour les amener à Manchester et accompagner le club dans son rêve de demi-finale de Ligue des Champions. Ces fans sont des privilégiés et se sont vus offrir un pack à 65 euros incluant la place pour le match et le déplacement par le Paris Saint-Germain. Les autres, non choisis, ont du débourser la même somme pour le seul billet du match.

 

Pas mal cette page d'accueil façon site porno sur la billetterie du PSG avec un accès interdit si tu cliques sur "ultra".

— Eddy Fleck (@eddy_fleck) 25 mars 2014

 

Ça n’est pas la première fois que ces supporters bénéficient de l’aide du club puisque le 13 mars dernier, à l’occasion du déplacement à Troyes, ils avaient déjà eu le privilège d’avoir le déplacement offert. C’est l’une des méthodes utilisées par le PSG pour remettre de l’ambiance dans un enceinte un peu éteint depuis 2010, date du plan de sécurisation du Parc des Princes.

Pour recréer l’engouement et relancer l’ambiance, le club parisien a décidé de mettre la main à la poche, ou plutôt dans le portefeuille. En plus des avantages financiers pour les supporters, il n’hésite pas à rémunérer des professionnels pour redonner vie au Parc des Princes.

On est en fin de saison dernière quand une petite poignée d’abonnés propose une reprise du dialogue avec le club. Celui-ci décide d’accepter après des années de refus, et d’une politique du tout-sécuritaire. Dans la plus grande discrétion, les quelques supporters concernés réfléchissent avec Michel Mimran, le directeur marketing du PSG, aux solutions pour améliorer l’ambiance. Le club les aide en leur proposant, par exemple, des tarifs préférentiels comme pour Manchester ou Troyes. Ou encore en enlevant les vitres en plexiglas, qui coupaient les virages en trois parties. Les grands drapeaux font leur retour en tribunes. Un mégaphone par virage est distribué. Et enfin, deux estrades sont érigées pour permettre aux capos, leaders de tribune, de coordonner l’ambiance.

Roulements de tambours

Dans les tribunes du Parc des Princes les roulements de tambours résonnent au rythme des chants. Un percussionniste par virage, plus deux autres pour animer la tribune réservée aux familles, donnent le rythme. Une nouveauté depuis six ans et l’interdiction des tambours, drapeaux, mégaphones et tout autre élément d’animation. Ce retour des percussions est encadré par le club qui rémunère des salariés de Media Drop, une société spécialisée dans l’événementiel sportif.

Ce choix, le PSG ne l’assume pas publiquement. Malgré plusieurs relances, le club « refuse de communiquer sur l'ambiance », assurant ne vouloir parler « que de l’aspect sécuritaire ». La société Media Drop a, elle aussi, décliné toute sollicitation. Dans les tribunes, le percussionniste, isolé et sans contact avec les supporters, refuse également de répondre à nos questions. Cette pratique tranche avec son passé, habitué à une chaude ambiance au Parc des Princes. Sans parler du reste de la ligue 1 où le PSG fait figure de cas unique.


« C’est une façon artificielle de créer de l’ambiance », indique Eric Wittersheim, sociologue auteur de Supporters du PSG, une enquête dans les tribunes populaires du Parc des Princes. « Cela rappelle les shows à l’américaine : des gens qui sont payés pour faire du bruit et soutenus par une mise en scène organisée par le club. Mais ce modèle pose le problème de l’authenticité des supporters. »

En décembre, le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, a réclamé publiquement plus de soutien pour les matchs à domicile. Interdits contractuellement d’émettre toute critique sur leur public, certains joueurs n’hésitent pourtant pas à le faire. « Je ne sais pas, nous ne savons pas ce qu'ils veulent », se plaignait Zlatan Ibrahimovic en janvier 2015. « Nous gagnons, nous perdons et ils sifflent. Peut-être qu'ils avaient l'habitude de manger du caviar avant que nous venions ». Sur le terrain comme en dehors, le club trouve ses réponses dans son chéquier.

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