Jean Jouzel (GIEC) : "Les Etats doivent être plus ambitieux"

Jean Jouzel est vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Il intervenait samedi 3 octobre, à l'occasion du forum Libération-SciencesPo sur le climat. Le climatologue français nous a expliqué quels étaient les enjeux du réchauffement climatique à moins de deux mois de la COP21.
A propos de ce projet
Publié le 5 Octobre 2015
Mots clés : interview
Auteur
Sarah Vildeuil
Sarah Vildeuil Promotion 70
Making Of
Sarah Vildeuil est étudiante au CFJ en première année. Elle a réalisé cette interview dans le cadre de sa première session de Techniques de base rédactionnelles (TBR), encadrée par Cédric Rouquette, pour le genre rédactionnel "l'interview". Article édité par Marie Haynes.

Selon le dernier rapport du GIEC (2014), l'activité humaine est responsable à 95% du réchauffement climatique observé depuis le milieu du XXe siècle. Pourquoi 95% et non 100% ?

C'est toujours très difficile dans ce type d'évaluation d'exprimer une certitude à 100%. Il y a toujours le risque d'avoir oublié des aspects du phénomène. Dans des proportions plus réduites, le réchauffement actuel pourrait être lié à des causes naturelles. Mais quand on regarde les chiffres, on explique en grande partie l'augmentation depuis 1950 par l'activité humaine.

Les propositions des Etats dans le cadre de la COP21 sont-elles suffisantes ?

Les contributions faites pour le moment par 146 pays (sur 195 participants à la COP21, ndlr) sont loin d'être ridicules. Mais la plupart des objectifs s'arrêtent à l'horizon 2025-2030. Or, pour rester en dessous de 2 degrés il faut prendre en compte l'ensemble du siècle. Selon les experts du groupe Climate Action Trackers (CAT), les contributions à l'heure actuelle pourraient permettre une stabilisation en dessous de 3 degrés. Les pays doivent être plus ambitieux.

Pourquoi l'objectif est-il de 2 degrés d'ici à la fin du siècle ?

Le réchauffement climatique est inévitable. Cependant, il était important de se donner une limite et de s'y tenir. Si le phénomène est limité à 2 degrés, l'impact sera moyen voire indétectable. Il sera plus facile de développer une capacité d'adaptation.

A quoi va ressembler le monde en 2050 si on ne fait rien ?

On aura déjà un degré de plus qu'aujourd'hui, ce qui n'est pas négligeable. Des problèmes déjà observés aujourd'hui seront exacerbés: la pollution, l'acidification de l'océan, la perte des récifs coralliens ou encore les cyclones et les canicules. Les populations auront plus de difficultés à se nourrir. Le niveau de la mer pourrait être supérieur de 20 à 30 centimètres.

Le changement climatique a-t-il des aspects positifs ?

Oui, notamment en ce qui concerne les rendements agricoles à l'échelle d'un pays. Mais à l'échelle planétaire, si on prend en compte les quatre principales cultures vivrières à savoir le blé, le maïs, le soja et le riz, il y a plus de régions qui perdent en termes de productivité agricole que de régions qui y gagnent.

Aujourd'hui, comment constate-t-on déjà qu'il y a un réchauffement climatique ?

Les vendanges ont lieu de plus en plus tôt depuis cinquante ans. Ce sont aussi les glaciers qui fondent, les feux de forêts qui se multiplient de façon intense, les migrations des oiseaux qui sont différentes. Il suffit de regarder autour de soi.

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